Hors de la matière, qu'existe-t-il? Idées et objets mathématiques conversent avec le monde matériel, et parfois même de simples règles du jeu vont diriger des associations et évolutions impressionnantes de particules.

 

Le néant est lui-même une idée, d'absence d'existence, car le vide matériel me semble habité par une transe : au lieu du blanc, d'un absolu néant, existe la probabilité d'apparition du corpuscule. Genèse, puis générations : des règles, en peu de mots codés tels des lois, animent des formes minérales (ouvrages), ou organiques (formages). Et quel pari a bien pu faire la matière quand soudain, sur cette sublime planète par exemple, elle est passé des premières aux secondes, du géologique au biologique, avec l'émergence de la vie? Dans ce qu'on nomment la soupe primitive, filaments et proto-organismes inventèrent une nouvelle règle au jeu associatif des molécules, folle : le métabolisme. Et donc mourir, se reproduire, se sélectionner, en cycles. Le point où se produit cette nouveauté à la fois élémentaire et bouleversante m'obsède. Ainsi l'art que je pratique est génératif, à base d'automates cellulaires, simulations de vies élémentaires.

 

Musicien (c'est un chemin et non un état) et chanteur, j'ai perçu par l'ouïe, le toucher et la danse, des mouvements de matière et des rapports mathématiques dont le visuel, parfois trop complexe avec toutes ses couleurs, ne faisait que me distraire. Les dimensions ludiques, et rêvées, très réelles, ainsi que des outils dérivés des découvertes et inventions de John Conway,  m'ont permis de retourner ce point décrit plus haut (en amont, comme on dit), pétrir la limbe des rumeurs, des cristaux, des moisissures, fruits ou enfants à venir.

 

La déambulation, la dérive, l'anarchie, le trait, l'érection, la chute, sont poésie. Et, affirmant sa différence, aux côtés de la science, poésie tente de décrire ses lois, ses clés et sa puissance. Elle exorcise le drame du génétique, de l'atomique, du code barre.

 

Évolutions d'une population : il y a flirts, naissances, voisinages, étouffements, déplacements, survivants. Sur quelle carte aujourd'hui, pouvons-nous être pionniers, à part celle des fictions et celle des simulations, celle du langage et du code, afin de chercher le chiffre du monde? Poésie visuelle, comme à ce point la langue gêne, justement parce qu'au début est le verbe, big bang immatériel, initial bibi comme dit la chanson, avec ses cordes. Et que dire du pixel, qui dans mon enfance assumait sa visibilité cubiste, et tente aujourd'hui de se cacher alors qu'en mathématiques le continu est l'opposé du discret? Quand j'étais petit, le pixel était nettement plus grand! Dans ma recherche, le pixel chante pour toujours son code, sa joie comme sa gêne, génome, j'ai nommé, mais non. Et la texture, pour une littérature qui grouille et grenouille, Jean-Pierre Brisset le croyait, qui le coassait déjà, et aurait pu écrire : naître ou pas... pattern. La pureté du médium est ici "objective" : les mathématiques. Et des ouvrages, des formages, beaux comme les tirages de la Française des jeux.

Force de l’imbécillité : lorsque le sage montre le zéro, l'imbécile vois le un.

 

Contemplez. Il n'y a quasiment "que" des "états modifiés de conscience" : le travail, le sexe, l'écoute de la musique, la création artistique, la pratique sportive, le rêve, le pouvoir, alcool et autres drogues, addiction ou pas... seule, la respiration ralentie (s'habiter autour de son souffle, sans extérieur-intérieur, ni idéologie identitaire) est un état de conscience simple, en complétude, en achèvement. Bienvenu : sans être mort, j'accepte pendant quelques instants d'être achevé.